Rouge autour du monde / Red around the world

Carnet de voyage d'une globe-trotter très amoureuse de la couleur rouge. Travel sketchbook of a globe-trotter very much in love with the color red.

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20/09/07

La nuit indienne / The Indian night

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Et puis ce que je n'ose esperer arrive: une riche famille organise un theyham pour leur fille recemment mariee et toute une nuit des theyhams se succederont dans le temple familial. Gentiment Korian demande si je peux assister a la ceremonie et, non seulement la requete est acceptee, mais on me propose meme de dormir sur place quelques heures au milieu de la nuit.
En fin d'apres-midi Korian m'emmene en vespa jusqu'au temple. C'est loin, mais circuler en vespa dans les petites routes ombragees et sinueuses, le vent dans les cheveux, est un vrai bonheur. Lorsque nous arrivons, les preparatifs ont commences:

La nuit tombe. On allume les petites ampoules electriques aux toits des autels, les lampes a huile aux longues flammes dorees et de grands neons froids.
Un homme qui porte une coiffe ecarlate entonne une melopee etrange et douce. Il tient une epee et une lance. Les tambours l'accompagnent dans ses pas lorsqu'il cesse de chanter et puis aussi une trompette au son presque discordant qui ferait merveille dans un orchestre de jazz.
Un brahman au pagne rouge, corps muscle, s'affaire. Il a dessine des lignes jaunes sur son corps.

Une femme a l'air inuit en sari rouge borde de blanc, veut mettre sur mon front du rouge et une matiere presque doree qu'elle tient sur une petite feuille d'arbre. Ca sent bon.
Un vieux monsieur distribue des boules de riz et de lentilles.
Le temple embaume d'un parfum doux que je mets des heures a identifier: les lampes brulent a l'huile de coco.
Dans les "coulisses" a l'installation desormais familiere, les premiers theyhams se preparent.
La nuit va etre etre separee en deux: lors des premieres heures la jeunesse des dieux presents sera evoquee. Les maquillages seront assez simples. De deux heures du matin a l'aube, ce sera au tour de l'age adulte. Les maquillages seront cette fois tres elabores et leur realisation prendra pour certains quelques cinq heures. Le temple n'aura de cesse de vibrer cette nuit.
 
Dans l'effervescence generale je m'installe devant le Theyham qui dort pendant que son visage et son buste sont peints pour incarner Kuvalen. Le maquilleur leve son pinceau (en fait un petit baton de bois tres souple et efile). Je leve mon pinceau. L'un et l'autre sommes si concentres que nous ignorons la petite foule qui gonfle dans mon dos. Parfois il leve les yeux et esquisse un sourire lorsqu'il surprend mon regard sur lui. Parfois je leve les yeux et souris aux enfants curieux penches sur mon dessin.
La main du maquilleur est sure. Il trace les lignes que son pere lui a apprises, les delicats paysages geometriques. On est theyham de pere en fils. On apprend les histoires, les pas, les rituels de benediction, les extraordinaires incantations, la complexite epoustouflante des costumes et des maquillages de son pere, qui l'avait lui-meme appris de son pere. Depuis la nuit des temps.
D'un petit tapotement sur l'epaule ou la joue du Theyham, le maquilleur lui signifie de tourner un peu la tete. Celui-ci s'execute sans se reveiller, se met meme a ronfler. Mais personne ne rit. Tout se passe dans un grand recueillement. Enfin le theyham se releve. Il est aussitot entoure des costumiers qui l'harnachent de structures en bambou. A celles-ci d'etranges eventails sont suspendus par des cordes. L'ensemble bouge de facon tres souple. Il me semble a chaque instant que le costume est acheve mais une nouvelle couche de tissus est posee, d'autres pompons sont supendues, d'autres bracelets de coquillages et de grelots, d'autres fleurs fraiches...
A l'entree du temple des feux de bengales explosent. Enfin la coiffe est posee. Le theyham, regard de feu, penetre dans l'ere du temple et la foule n'a plus d'yeux que pour lui, les visages sont tendues et concentres. Le brahman s'active aupres du theyham, lui tend l'epee, le riz, l'alcool. Le theyham ne semble pas suivre un rituel precis mais laisse la transe decider de son parcours dans l'espace de terre battue. Il tourne autour des autels, se met a danser, a bondir, il lance des incantations. Les tambours le suivent dans ses deambulations, dhottis (pagnes) blancs bordes de rouge sang. Dans l'air bleute de la nuit le riz est lance, l'alcool est lance.
Quand enfin il s'assoit un autre theyham, incarnation de Guligan, est pret. C'est un petit homme tres fin, presque fluet dont j'observe discretement l'evolution du costume. Quand de lourdes jupes sont attachees autour de sa taille et les derniers grelots autour de ses chevilles, il fait brusquement un grand tour sur lui-meme faisant voler les etoffes. Quand les jupes retombent il n'est plus le meme. Son visage est devenu dur bien qu'impassible, ses pupilles sont fixes et ses yeux exhorbites. Il piaffe dans les coulisses jusqu'a ce que son tour vienne et un vent de peur respectueuse traverse les spectateurs a son arrivee. Il avance tres raide, tres rapide. Ses pieds frappent le sol et les grelots sautent et sonnent comme un avertissement. Il se dirige parfois vers la foule, hieratique, menacant.
Une ou deux fois il s'avance vers moi et il est si impressionnant que je me prepare a chaque fois a bondir sur mes pieds et m'enfuir. Je n'avais pas imagine que je pourrais avoir peur, mais il est reellement efffrayant. Au dernier moment il s'arrete, semblant me reconnaitre dans un eclair de lucidite, et prend une autre direction, aussi brusquement qu'il n'etait arrive. Il designe des hommes dans la foule pour faire les pujahs (les offrandes) et ceux-ci se precipitent a leurs places. Quelques adolescents prennent si peur que leur corps restent figes, ils font non de la tete, l'air perdu. Mais les yeux du theyham se remplissent alors d'une colere emprunte de folie et chaque jeune homme, pousse par ses proches, s'excecute finalement, terrorrise.
Toute la nuit les theyhams se succedent mais quand celui-la revient, a chaque fois sa seule presence fait fremir la foule. Les costumes varient au court de la nuit et il arbore bientot un immense masque au visage presque hilare et fait, perche de plus en plus haut sur des echasses, le tour du temple, avec toujours cette meme vivacite inquietante. Il ne semble jamais s'epuiser. C'est le plus impressionnant des theyhams que j'ai vus. 
 
L'autre, Kuvalen, revient avec une autre coiffe mais surtout des accessoires de plus en plus frappants. Un grand fouet en metal lui est tendu par le brahman. Il le fait claquer en l'air et chacun fremit de la douleur qu'un tel instrument pourrait produire. Encore et encore le fouet claque. Et puis Kuvalen le fait tournoyer au dessus de lui et l'air bruisse de chacun de ses passages. Enfin il se met a danser et sauter par dessus la lame molle et sifflante. Autour de lui le brahman et ses assistants observent avec inquietude. Le fouet passe tout pres d'eux. 
L'homme a qui appartient ce temple et que je vois s'affairer depuis le debut de la nuit, aide le theyham a ralentir le tournoiement du fouet et se blesse a chaque fois, la lame s'enroulant autour de son buste nu.
Lorsque le fouet est definitivement abandonne, chacun s'en trouve soulage. Il est cependant remplace par des torches. Je jubile car je sais que ce a quoi je vais assister est tres rare. Kuvalen fait tournoyer les torches autour de son corps. Les tambours se dechainent.
La nuit est plus noire a present. Je commence a sentir la fatigue peser tres fort sur mes paupieres et dans mes doigts. Mon dos est engourdi et douloureux.
Mais pres d'un autel on amasse des braises et je ne veux pas partir, pas encore... Cependant les heures passent et je sens que je ne pourrais pas dessiner jusqu'a l'aube si je ne dors pas quelques heures. Je suis donc heureuse lorsque mes hotesses, la mere et la fille, viennent me proposer ce repos. Je me dirige vers la route mais elles me montrent, derriere le dernier autel, un chemin etroit qui mene a leur maison. Les racines des arbres forment des marches qui s'enroulent dans les ombres vertes. Entre les herbes hautes, a la lumiere d'une bougie, je suis le chant de leur saris, le chant des grelots a leurs chevilles. 
Nous passons devant un temple ouvert et elles se prosternent, mains jointes sous leurs visages. C'est un temple dedie a Shiva et il est rempli d'effigies de serpents... La, dans cette foret, sous l'oeil de reptiles de pierre et de bronze, le corps rempli de l'orage des tambours, de l'odeur suave de l'huile de coco, je sens la nuit  indienne me prendre dans ses bras chauds. Je suis envoutee dans le sentier. Les arbres me caressent, les cigales portent mes pas et les grelots portent deja mes reves.
Au bout de la route la maison est eclairee et de grands plats de riz sont servis. Mais la cuisiniere de Costa Malabari m'a fait des chapatis et Korian m'a achete de petites bananes. Je mange donc de mon cote, le corps partage entre la faim, le sommeil et la peur de manquer les moments les plus interressants du rituel. La faim rassasiee, le sommeil l'emporte. Dans une chambre de jeune fille je vais m'allonger...Je suis epuisee mais je ne parviens pas a dormir: j'entends les tambours. Je pense aux braises. J'essaye de calmer mon souffle, de calmer mon corps. Les tambours comme une berceuse guerriere. Je glisse enfin... quand on tambourine a ma porte! Je me leve en sursaut, vais ouvrir. Mon hotesse se tient la, presque bondissante d'excitation. Je ne suis etendue que depuis 15 minutes. "les dieux se battent! Il faut venir! Les dieux se battent!". Les dieux se battent. Jamais on ne m'a reveillee pour une raison aussi extraordinaire! Neenmoins mon corps lutte lui aussi et je dois l'ecouter. Je refuse poliment l'invitation et retourne me coucher, les dieux se battrons sans moi. 15 minutes suplementaires ne passent pas avant que la maitresse de maison frappe a nouveau. Je renonce a l'obscurite fraiche et glisse a nouveau dans la nuit, dans le sentier mysterieux, devant les serpents et jusqu'au temple. Devant l'autel des ancestres des offrandes sont faites. Je frisonne de sommeil mais on me presse de dessiner. Je sors mes pinceaux... et je dessine les dhottis rouges, les coiffes etranges... il me semble que je suis en Egypte il y a quelques milliers d'annees...
Les tambours enfin s'arretent. Le public deja moins nombreux se reduit encore. Quelques courageux sont restes et l'ambiance est detendue. Une vieille femme fait rire tout le monde aux eclats. Elle veut que je lui apprenne a peindre, la, maintenant. On fait circuler a manger. Le sommeil revient a la charge... je rejoins sans tarder l'atmosphere de concentration des coulisses. A present que l'age adulte des dieux est evoque, les motifs peints sont plus complexes. Les trois couleurs sont a nouveaux superposees. Jaune, orange et rouge. Et puis noir pour le tour des yeux. Le maquilleur travaille deja depuis une heure. Je m'installe moi aussi et oublie le temps, la nuit et le sommeil dans les danses de mon pinceau...
 
Quand le theyham est pret, il est devenu Padaveeren, le combattant. Son epee au poing, ll rejoint les tambours et la foule qui s'est reformee. On raconte que le dieu Padaveeren a ete aveugle. Pour symboliser sa secite des boules d'argent percees d'un trou d'aiguille sont placees sur les yeux du theyham. Il ne peut plus se deplacer sans un guide. Le brahman lui prend le bras et ensemble ils entament une danse enfievree de plus en plus pres des braises. La foule se presse pour voir. La chaleur me chauffe les joues. Je ne peux plus dessiner, plus detacher mon regard des braises et de ses deux hommes bondissants. Et puis, dans le rythme endiable des tambours, ils dansent et sautent jusque dans les braises. Et y retournent, et y retournent encore et encore. Les braisent volent et illuminent le ciel, puisent de l'horizon du jaune et de l'or... C'est l'aube.
Dans la douce lueur du matin, le brayham retient toujours le theyham, le protege des flammes. Et ce faisant il se brule a plusieurs reprises. De l'eau est jetee au sol et sur ses jambes. Et cela dure. Et cela dure. Cela dure jusqu'a ce que la transe possede si totalement le brahman qu'il se mette a trembler de tout ses membres. Il faut plusieurs hommes pour le maintenir au sol et de longues minutes avant que son corps ne s'apaise. Il se releve epuise et s'eclipse. Plus tard, lorsque le rituel est acheve, il vient regarder mon carnet et eclate d'un rire joyeux a chaque page. C'est ma recompense.
Le soleil est la, la couleur a coulee sur les torses des theyhams et les motifs sont presque effaces. Ia chaleur monte. J'appelle Korian qui envoie un rickshaw me chercher. Je me laisse bercee et secouee sur la petite route qui serpente entre les palmiers. Epuisee. Je sers mon carnet contre moi. J'ai le sentiment d'y avoir enferme un tresor. Je souris a la brise qui efleure mes cheveux.
 
 
And then what I do not dare hoping for happens: a rich familly organizes a theyham for their recently married daughter. All night long Theyhams will follow one another in the familly temple. Korian kindly asks if I can witness the ceremony. Not only the request is accepted but I am even offered to rest on the spot a few hours in the middle of the night.
At the end of the afternoon Korian takes me on his vespa all the way to the temple. It's far away but moving around on a vespa in the small tree-shaded and serpentine roads, the wind in your hair, is a true joy. When we arrive, things are already getting ready:
Night is falling. Little electric light bulbs on shrines's roofs are turned on, as well as long golden flames oil lamps and big cold neon lights.
A man carrying a scarlet headdress strikes up a strange and sweet chant. He is holding a sword and a spear. Drums accompany his steps when he stops singing and also a trumpet, with a almost discordant sound, that would be amazing in a jazz band.
A red loincloth Brahman, athletic body, is bustling about. He has drawn yellow lines on his body.
A Inuit looking woman wearing a red sari with white edges, wants to put on my forehead an almost golden matter which she holds on a small tree-leave. It smells good.
An old man gives out balls of rice and lentils.
The temple give out a fragrant which takes me hours to identify: the lamps are burning coco oil.
In the now familiar "backstage" set up, the first Theyhams are getting ready.
The night will be divided in two parts: in the first hours gods' youth will be recalled. The make up will be quite simple. From two in the morning to dawn it will be gods' adulthood. The make up will then be far more refined and some of it will take up to 5 hours to be realized.
All night long the temple will not stop vibrating.
In all this effervescence I take place in front of the Theyham who sleeps while his face and his chest are being painted to incarnate Kuvalen. The make up artist raise his brush (in fact a very soft and sharp little wood stick). I raise my brush. One like the other are so focused that we ignore the small crowd which is growing in my back. Sometimes he raise his eyes and start smiling when he catches my gaze on him. Sometimes I raise my eyes and smile to the curious children leaning over my drawing.
The make up artist's hand is confident. He is drawing the lines, the delicate geometrical landscapes which his father taught him.
One is Theyham from father to son. One learns the stories, the steps, the rituals of blessing, the extraordinary invocations, the mind-blowing complexity of the costumes and of the make up from ones father, who learnt it all from his own father. Since the mists of time.
With a little tap on the shoulder or on the cheek of the Theyham, the make up artist lets him know that he wants him to turn a bit his head. The theyham obeys without waking up, even starts snoring. But nobody laughs. Everything is happening in a great collecting. Finally the Theyham gets up. He is right away surounded by costume designers who harness him with bamboo frameworks. To those, strange fans are hanged. The whole moves in a very flexible way. It seems to me that the costume is finished but a new layer of fabric is added, new tassels are hanged, new shells or bells bracelets, new fresh flowers...
At the entrance of the temple firecrackers explod. At last the headdress is put on. The Theyham, fire in his eyes, enters the temple's courtyard. The crowd has no eyes but for him, faces are tense and focused. The Brahman is getting busy near the Theyham, handing him the sword, the rice, the alcohol. The Theyham does not seem to follow a specific ritual but let the trance decids of his journey in the clay courtyard. He turns around the shrines, starts to dance, to jump, to sing incantations. The drums follow him in his strollings, white dhottis (loincloths) edged with blood-red. In the bluish summer night the rice is tossed up, the alcohol is tossed up.
When at last Kuvalen sits down, an other Theyham, Guligan's incarnation, is ready. It's a little and very delicate man, almost skinny, whos costume's evolution I have been discretely following. When heavy skirts are fastened around his waist and the last bells around his ankles, he briskly whirls which makes the fabric fly. When the skirts fall again he is not the same man. His face is become hard even though impassive, his pupils are fixed and his eyes bulging. He is restless backstage waiting for his turn to come and a wind of respectfull fear go through the crowd when he finally arrives. He is going ahead, very stiff, very fast. His feet hit the ground and the bells bounce and ring like a warning. He sometimes go towards the crowd, hieratic, threatening.
Once or twice he comes towards me and he is so impressive that every time I get ready to bounce on my feet and run away. I did not expected to be scared, but he is trully frightening. At the last minute he stops, seems to remember me in a flash of lucidity, and takes another direction, as abruptly as he arrived. He points at men in the crowd do to pujahs (the offerings) and they rush to their place. A few teenagers are so scared that they stand stock-still, they shake their heads "no", looking lost. But then the Theyham's eyes fill up with a madness-tinted anger and each young man, pushed by his relatives, obeys at last, terrorized.
 
All night long Theyhams follow each others but when that one comes, each time his presence alone makes the crowd tremble. Costumes vary along the night and he soon displays himself with a udge and almost laughing mask and, standing higher and higher on stilts, he goes around the temple, always with the same alarming vivacity. He never seems to get tired. He is the most impressive Theyham I got to see.
The other one, Kuvalen, comes back with a different headdress but above all more and more striking accessories. A big metal whip is handing to him by the Brahman. He makes it flap in the air and everyone shivers imagining the pain such an instrument could produce. Again and again the whip snaps. And then Kuvalen makes it whirl above him and each turn it takes the air swooshes. At last Kuvalen starts dancing and jumping above the soft and whistling blade. Around him the Brahman and his helpers are observing with concern. The blade passes very close to them.
The owner of the temple who I watch bustling about since the beginning of the evening, helps the Theyham to slow down the whirling of the whip and gets hurt every time as the blade curls up around his bare chest.
When the whip is finally disused, everybody is relieved. It's nevertheless replaced by flaming torches. I gloat over it because I wnow how rare is what I am about to witness. Kuvalen makes the torches whirl around his body. Drums are going crazy.
The night is darker now. I am starting to feel the fatigue weighing down on my eyelids and fingers. My back is numb and painful. But near a shrine embers are gathered and I don't want to go, not now... 
However hours are drifting away and I know that I will not be able to draw til dawn if I don't sleep a couple hours. I am therefore happy when my hosts, the mother and the daughter, come and offer me to get some rest. I go towards the road but they show me, behind the last shrine, a narrow path leading to their house. The roots of the trees are forming steps which curl up in the green shadows. In the tall grass, lightened by a candel, I follow the song of their saris, the song of the bells at their ankles.
We pass in front of an open temple and they bow down, their hands joined under their faces. It's a temple consecrated to Shiva and it's filled up with effigies of snakes...
There, in this forest, under the gaze of stone and bronze reptiles, my body filled up with the storm of the drums, of the sweet parfum of coco oil, I feel the indian night taking me into her warm arms. I am bewitched in the path. Trees are stroking me, cicadas carry my steps and bells carry already my dreams.
At the end of the road the house is ligthened and big rice dishes are being served. But Costa Malabari's cook made chapatis for me and Korian bought me small bananas. Therefore I eat apart, my body split between hunger, sleep and the fear to miss the ritual's most interesting parts. My hunger satisfied, my sleep wins. I go lie down in a young woman's bedroom... I am exhausted but I can't get to sleep: I hear the drums. I think about the embers. I try to calm my breathing, to calm my body. The drums like a warlike lullaby. At last I slide... when someone comes druming on my door! I wake in a jolt and go open. My host is there, almost leaping with excitation. I have only been laying down for 15 minutes. "Gods are fighting! You must come! Gods are finghting!". Gods are fighting. I have never been waken up for such an extraordinary reason! Nevertheless my body is fighting as well and I have to listen to it. I politely turn down the invitation, go back to bed and let the gods fight without me. Not even 15 minutes more pass before the owner of the house knocks again. I renounce the cool darkness and slide again in the night, in the mysterious path, before the snakes and all the way to the temple. In front of the ancestors' shrine some offerings are being done. I shiver with weariness but I am urged to draw. I pull out my brushes... and I draw the red dhottis, the strange headdresses... I feels like I am in Egypt, thousands of years ago...
 
At last the drums stop. The already smaller crowd shrinks even more. A few brave ones are staying and the atmosphere is relaxed. An old woman makes everybody laughing: she wants me to teach her how to paint, now, right away, here. Food is being offered. Sleep is attacking again... I hurry up joining the focussed mood backstage. Now that gods' adulthood is called up, the painted patterns are more complexe. The three colors are again layered. Yellow, orange and red. And also black around the eyes. The make up artist has already been working a full hour. I, also, settle in and forget about time, night and sleep in my brush's dances...
 
When the Theyham is ready he is become Padaveeren, the warrior. His sword in hand he joins up with the drums and the reformed crowd. One tells that the god Padaveeren was blinded. To symbolise his blindness, silver balls pierced with a needle hole are put on top of the theyham's eyes. He cannot move around without the help of a guide. The Brahman takes his arm and together they start a fevered dance, closer and closer to the embers. People are pushing each other to see. The heat warms up my cheeks. I cannot draw anymore, I cannot dettached my eyes from the two jumping men. And then, in the frienzied rhythm of the drums, they dance and jump all the way into the embers. And they go back to it, and go back to it again and again. The embers are flying and illuminating the sky, drawing yellow and gold from the horizon... it is dawn.
In the soft morning light, the Brahman still holds the Theyham, protects him from the flames. And as he doing so he gets burned several times. Water is thrown on the ground and on his legs. And it lasts. And it lasts. It lasts until the trance possesses so fully the Brahman that his all body starts shaking. It takes several men to hold him down and long minutes before his body calms down. He gets up exhausted and disappears. Later, when the ritual is over, he comes and look at my sketch book and cheerfully bursts of laughting at each page. It's my reward.
The sun is here, the color has run down on Theyhams's torsos and the patterns are almost erased. It's getting warmer. I call Korian who sends a rickshaw to pick me up. I let myself get rocked and shaken on the little road which snakes between the palm-trees. Exhausted. I hold my sketch book tight against me. I have the feeling to have enclosed a tresor in it. I smile to the breeze which caresses my hair.

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