Rouge autour du monde / Red around the world

Carnet de voyage d'une globe-trotter très amoureuse de la couleur rouge. Travel sketchbook of a globe-trotter very much in love with the color red.

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06/01/08

La ville qui tient mon coeur / The city which holds my heart

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Il est des villes magiques. Des villes qui vous attrappent le coeur et les trippes sans que vous ne puissiez resister. Vanarasi est l'une d'entre elles. Au premier abord, du fond du premier taxi qui force son passage dans les rues bondees, Vanarasi est une ville encore plus sale et grise que toutes les autres. Les fumees d'echappement vous etouffent, la poussiere vous aveuglent, les klaxons sont assourdissants. J'etais deja venue ici il y a trois ans et revais de revenir. Mais au fond de mon taxi  je me dis que c'est une mauvaise idee.
J'ai pris une chambre dans un hotel luxueux pour mon budget car je me sens tres faible et la douleur est encore lameme si elle reduit heureusement de jour en jour. Le dernier medecin que j'ai vu a Delhi (voir le poste precedent) etait donc un bon medecin apres tout.
Des le premier soir je prends mon courage a deux mains et prends un rickshaw pour rejoindre les ghats. Les ghats ce sont les escaliers qui descendent dans le Gange. C'est la que tout se passe: les cremations, les ablutions, les pujahs (offrandes)...
Plus on s'approche de la rive plus la circulation devient difficile, plus la foule se densifie. La route se transforme peu a peu en marche ouvert ou l'on vend un peu de tout, vetements, nourriture, objets de culte... A la foule serree s'ajoute les vaches impassibles, les multiples rickshaws, les chariots...
C'est l'heure de la priere du soir et bientot la foule est si dense que mon chauffeur ne peut plus avancer d'un centimetre. Il hele un de ses amis qui se charge de me guider jusqu'aux marches. La nuit tombe, je le suis a grand peine... Et me voici sur les ghats. Soudain le silence. Soudain les couleurs chatoyantes des saris et des guirlandes de fleurs, les flammes des bougies, le parfum de l'encens, le fleuve tranquille. C'est comme si toute la couleur de la ville s'etait concentree la. Je m'assois par terre et les larmes me viennent aux yeux quand les premiers chants montent dans l'obscurite. Au Gange on offre des flammes, des petales de fleurs, des graines de toutes sorte, et le son des cloches acrochees a de longues cordes et tirees par des volontaires dans la foule.
Pourquoi j'aime l'Inde? Pour cette faculte unique a creer la beaute. Malgre tout. Malgre la pauvrete immense qui creuse les corps. Malgre les maladies et les fleaux de toute sorte qui s'attaquent regulierement a ce pays. Dans les rues les plus grises, les plus sales, il y a toujours un autel couvert de fleurs ou soigneusement repeint de couleur vive, et le plus souvent en rouge. Je veux dessiner ces magnifiques petits oasis de couleur. 



Mais il m'est difficile de tenir le coup des que je quitte l'air conditionne de ma chambre. Au debut, le besoin constant d'uriner reduit considerablement mes deplacements. Ici pas de toilettes publiques! (Ah qu'il doit etre simple d'etre un homme!...) J'attends quelques jours avant de m'aventurer trop profondement dans le labyrinthe des ruelles d'autant plus que la chaleur est encore montee: il fait bientot 49 degres. A Delhi la chaleur etait seche et c'etait deja tres difficile, ici elle est humide et c'est presque intolerable. La chose la plus rouge de Vanarasi, c'est mon visage dans le miroir de ma chambre!  
Le medecin de Delhi m'a dit: "il fait exceptionellement chaud en ce moment, meme pour les Indiens. Vous n'etes pas habituee, il faut donc boire beaucoup pour ne plus vous deshydrater: il faut boire six litres d'eau par jour". J'avais ri au nez de celui qui m'avait dit annonce 4 litres a Jaipur. Mais la, je n'ai pas ri. Tous les jours j'achete mes 6 bouteilles. J'ai calcule qu'il fallait que je finisse une bouteille toutes les deux heures. Je passe donc mes journees a boire.
A ma fenetre je piaffe d'impatience et souffre d'etre dans cette ville qui m'inspire tant sans pouvoir la dessiner. J'attends patiemment la fin de l'apres-midi pour sortir. Vers 17h la chaleur tombe un peu et j'ai alors une heure pour dessiner a toute vitesse avant que le soleil ne se couche. Je vais voir les vaches, les sadhus ("les saints hommes"), les enfants des rues qui vendent les fleurs des pujas... Ma main glisse mon pinceau. Je transpire tellement que je ne sens plus que je transpire.
Un jour, alors que je dessine un petit autel, le marchand de boisson a cote me tend un coca cola. Je n'ai rien demande et je refuse la petite bouteille cannelee. Mais il insiste: il ne me la vend pas, il me la donne. Je souffre beaucoup de la chaleur et ca se voit... Il me donne aussi un tabouret pour m'asseoir.
Un autre jour je me mets en route pour trouver un temple dedie a Agni. Agni, en sanskrit, c'est le dieu du feu et c'est de ce nom que vient le mien: Agnes. Agni c'est le feu purificateur, le feu qui detruit mais des cendres duquel tout est a nouveau possible. C'est le feu de la vie, le feu du desir, de l'inspiration, de l'energie creatrice.
2500 ans apres la naissance de l'hindouisme, les chretiens ont recupere le symbole de purification: c'est agnus, l'agneau de dieu, le sacrifie. Et le feu? Etonnament sainte Agnes est representee par... une flamme. On dit que cette jeune romaine de 12 ans, ayant refuse de s'offrir a un consul apres avoir fait veux de chastete, a ete torturee. Mais lorsqu'on aurait tente de la bruler les flammes se seraient ecartees d'elle. Les symboles sont inverses: dans l'histoire de Sainte Agnes le feu est signe de sa chastete, de sa "purete". Dans les temples dedies a Agni le feu est allume par un lingam (forme phallique) de silex frotte dans un yoni (symbole de vulve), le symbole sexuel est positif et pleinement assume. Des centaines et des centaines de temples en Inde ont pour toute representation de dieu un immense lingam, symbole de Shiva. Agni c'est d'ailleurs aussi le feu qui fuse hors du troisieme oeil de Shiva, l'oeil de la connaissance.
La couleur symbolique du feu en Inde - comme dans beaucoup d'autres cultures - c'est le rouge. Je suis donc tres curieuse de decouvrir un temple dedie a Agni. On m'a aussi dit que des sacrifices etaient encore perpetues dans ces temples et que des traces de sang etaient visibles sur la pierre.
Ce temple est sans doute la raison pour laquelle je voulais revenir a Vanarasi, mais helas, personne ne sait vraiment bien ou il se situe... J'ai le plus grand mal a le trouver. Finalement un jeune homme m'entraine dans un dedale infini de ruelles et jusqu'a un lieu de cremation. La, il me montre des braises rougies, un tridant enfonce: "voila, me dit-il, le temple d'Agni". Il m'explique que le feu est surveille de facon a ne jamais s'eteindre et que c'est la que l'on vient chercher le feu qui allume les buchers. C'est bien Agni.. mais ce n'est pas le temple que je cherche. Vanarasi tu joue avec moi... Tu me perds dans tes rues, tu rends mon desir plus fort, ma quete absurde et pourtant imperieuse... Cette fois non plus je n'ai pas trouve le temple. Je vais devoir revenir... et tu le sais. Peut-etre que tu le veux. Tu tiens mon coeur serre dans tes rues etroites.
Le jeune homme me montre les corps enroules dans les draps. Sur ceux des jeunes vierges on pose un petit drap rouge, pour les autres il est blanc. Il m'explique que tout le monde est brule sauf les femmes enceintes ("parce que l'enfant a naitre n'a pas besoin d'etre purifie par les flammes"), les sadhus, les gens piques par un serpent et ceux atteins de maladies contagieuses telle le cholera, la turbeculose, etc. Je m'etonne que ces derniers soient jetes a l'eau et mon interlocuteur m'explique que les cendres pourraient en contaminer d'autres et qu'il est mieux de les confier au Gange.
"-oui mais dans l'eau ils sont tres contagieux!
-Non! me repond l'homme en souriant, Shiva est TRES puissant."
Je n'ose plus rien ajouter et mon guide improvise m'amene a quelques metres de la dans une grande demeure. Ici s'entassent, en attendant la mort, les veuves. Elles n'ont plus rien et esperent rejoindre leur epoux au nirvana. Pour changer son karma, arreter la course infinie des reincarnations, il faut avoir le corps brule a Vanarasi, la ville sainte. Mais le bois est devenu une denree si rare qu'il coute tres cher et peu peuvent s'offrir le bois suffisant. On me presente une veuve et on me demande de faire une offrande et je donne assez de roupies pour acheter un kilo de bois. La veuve me remercie en me benit en posant ses mains sur ma tete.
Mes journees continuent ainsi, obsedees par les exigences heureusement de plus en plus douces de ma vessie, les 6 bouteilles d'eau a vider, les vaches qui s'abreuvent devant mes fenetres, ma frustation a ne pouvoir dessiner que si peu, la mousson qui aproche... Un jour j'allume la television et j'apprend qu'elle est la. La mousson a atteint avant moi Calcutta et tue du meme coup 6 enfants electrocutes dans leur ecole. Cette nouvelle m'ecrase. Est-ce que j'ai vraiment envie d'aller dans cette ville ou les rues sont inondees et ou les enfants meurent? Mon vol pour le Nepal part pourtant de la-bas... Tant pis. Je reviendrais en Inde. je n'en peux plus de la chaleur. Je jette mon billet qui n'est pas remboursable, je prends un nouveau billet qui part directement d'ici, je salue les enfants qui sont devenus mes amis, je prends deux bouteilles pour tenir sur la route de l'aeroport et, le coeur leger et plein du bonheur de decouvrir un nouveau monde, je pars pour... KATHMANDU.
There are magical cities. Cities which catch your heart and your guts wthout you being able to resist. Vanarasi is one of them. At first glance, from the back of the first cab forcing its way in the packed streets, Vanarasi is dirtier and greyer that any of the others cities. Pipes'smokes choke you, dust blinds you, the horns are deafening. I already came here three years ago and was dreaming about coming back. But in the back of my cab it seems to have been a bad idea.
I booked a room in a very luxurous hotel for my budget because I still feel quite weak and the pain is still here, even if it shrinks day after day. The last doctor I saw in Delhi (see the former article) was a good doctor after all.




The very night of my arrival and gather my courage and take a rickshaw to go to the ghatts. The ghats are the staircases going down into the Gange. This is where everything is happening: the cremations, the ablutions, the
pujahs (offerings)... The closer we are getting to the riverbank, the more difficult the traffic becomes, the denser the crowd gets. The road slowly becomes a open market where everything is sold, from clothes and food to religious objects... In the tight crown there are also unblinking cows, multiple rickshaws, carts...
It's night prayer's time and soon the crowd is so dense that my driver cannot move even of one centimeter. He hails a friend in the crowd who gets in charge to lead me to the steps. The night is falling, I have a hard time following him... And here I am on the ghats. Suddendly the silence.  Suddendly  the shimmering colors of the saris and the flowers'garlands, the parfum of incenses, the peaceful river. It's as if all the color of the city would have focused there. I sit on the ground and tears come to my eyes when the first songs rise in the dark. To the Gange flames are offered, and flowers'petals and all sorts of seeds and the sound of bells attached to long strings pulled by volonteers of the crowd.
Why do I love India? Because of this unique capacity of creating beauty. No matter what. In spite of the hudge poverty diging in the bodies. In spite of the sicknesses and all sorts of  plagues regularly attacking this country. In the greyer, the dirtier streets, there is always a shrine covered with flowers or carefully repainted with vivid color, most often with red. I want to draw those little oasis of color.

But it's hard for me to hold on as soon as I leave my air conditioning room. At first the constant need to urinate dramatically reduices my moves. There are no public toilets here! (ah how simple it must be to be a man!...) I wait a few days before adventuring myself to deeply in the streets'maze, especially because the hit has gone even higher: soon it's 49 degrees. In Delhi the hit was dry and it was hard already, here it's damp and it makes it almost unbearable. The redest thing in Vanarasi, it's my face in the mirror!
The doctor in Delhi told me: "it's exceptionnally hot right now, even for Indians. You are used to it, therefore you have to drink a lot in order not to be dehadrated: you have to drink 6 liters a day". I laughted when in Jaipur I got told to drink 4 liters. But this time I did not laugh. Every day I buy my six bottles. I calculated that I needed to finish one bottle every two hours. I therefore spend my day drinking.
I get restless at my window and suffer to be in this very inspiring city without being able to draw it. I patiently wait for the end of the afternoon to go out. Around 5.00 pm the hit falls dow a bit and I then have about one hour to draw very fast before the sun goes down. I go see the cows, the sadhus ("holly men"), the street children who sell the flowers for the pujahs... My hand slides on my brush. I sweat so much that I don't feel anymore that I am sweating.
One day, while I am drawing a little shrine, the next door drinks' seller holds a coca cola towards me. I have not ask for one and therefore refuse the little striped bottle. But he insists: he is not selling it, he is giving it to me. I suffer very much from the hit and it shows... I also give me a stool to sit on.
An other day I decide to go and find a temple dedicated to Agni. Agni, in Sanskrit, it's the god of fire and my name Agnes comes from this name. Agni it's the purifying fire, the fire which destructs but from which ashes everything is possible again. It's the fire of life, the fire of desire, of inspiration, of the creative energy.
2500 years after Hinduism was born, Christians have picked up the symbol of purification: i's agnus, God's lamb (agnus means lamb in Latin), the sacrificied one. And what about the fire? Oddly enough Saint Agnes is reprensented by... a flame. It is said that this 12 years old roman girl was tortured because, having done a celibacy and chastity vow, she refused to give herself to a consul. But when one tried to burn her alive the flames are told to have moved away from her. The symbols are  inverted: in the story of Sainte Agnes the fire is a symbol of her chastity, of her "pureness". In the temples dedicated to Agni fires are lit up by rubbing a silex lingam (phallic symbole) in a yoni (vulva symbole), the sexual symbole is positive and is fully assumed. Hundreds and hundreds of temples in India have a hudge lingam, symbol of Shiva , as single representation of god. Agni is also, by the way, the fire rushing out of the middle eye of Shiva, the eye of knowledge.
The symbolic color of fire in India - like in a lot of different cultures - is red. I am therefore very curious to descover a temple dedicated to Agni. I was also told that sacrifices were still perpetuated in Agni's temples and that traces of blood were visible on the stone.
This temple is probably the reason why I came back in Vanarasi, but alas nobody really knows where it is... I have the hardest time to find it. At last a young man leads me in a infinite maze of alleys all the way to a cremation spot. There he shows me red embers, a trident pushed in. "Here is, he says, the temple of Agni". He tells me that the fire is looked after in order never to die and that it is where fire is fetched to light up the funeral pyres. It is Agni all right... but this is not the temple I am looking for. Vanarasi you are playing with me... you lose me in your streets, you make my desire stronger, my quest absurd and yet demanding... I have not found the temple this time either. I am going to have come back again... and you know it. Maybe you want it. You are holding my heart in your tight streets.
The young man shows me the bodies wrapped in sheets. On the young virgins a small red scarf is layed, it's a white one for all the other ones. He explains to me how everyone is burnt but pregnant women ("because the child to be born does not need to be purified by the flames"), sadhus, people bitten by snakes and those ill with very contagious sicknesses like cholera, tuberculosis, and so on... I am surprised to hear that the later are put in the water and my interlocutor explains to me that ashes could contaminate others and that it is better to give them to the Gange.
"- Yes but in the water they are very contagious!"
In a smile the man answers: "No! Shiva is VERY powerful."
I don't dare adding anything and my improvised guide takes me a few meters away to a vast house. Here, waiting for death, widows are craming together. They have nothing left and hope to join their husbands in nirvana. To change ones karma, stop the infinite course of reincarnations, one must have one's bpdy burnt in Vanarasi, the holly city.
But wood has become so rare that it costs a fortune and very few can buy enough of it. A widow is introduced to me and I am asked to do an offering and I give enough money for one kilo of wood. The widow thanks me and bless me by puting her hands on my head.
My days keep on going that way, obsessed with the thankfully softer and softer demands of my blatter, the  6 bottles of water to empty, the cows drinking in front of my window, my frustration to be able to draw so little, the monsoon approaching... One day I turn on the TV and I learn that she as arrived before me in Calcutta and killed in the same time 6 children electrocuted in their school. The news smashes me down. Do I really want to go in this city where the streets are flooded and where children are dying? My flight to Nepal does nevertheless leaves from there... Too bad. I will come back to India. I can't take the hit anymore. I throw away my non refundable ticket, I buy a new ticket that leaves  directly from here, I say good bye to the kids who have become my friends and, with my heart light and fill up with the happiness of discovering a new world, I go to... KATHMANDU.


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