Rouge autour du monde / Red around the world

Carnet de voyage d'une globe-trotter très amoureuse de la couleur rouge. Travel sketchbook of a globe-trotter very much in love with the color red.

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29/02/08

Dans tes rues, Kathmandou. / In your streets, Kathmandu.

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Kathmandou. Marcher dans tes rues boueuses et me répéter ton nom : Kathmandou. De toutes les destinations qui ponctuent ma route, tu es une des plus magiques, une des plus attendues. Et m'y voilà. Et je n'arrive pas y croire. La chaleur de l'Inde est encore blottie contre ma peau lorsque l'avion se pose sur le tarmac népalais.
Je n'ai pas réservé de chambre mais il y a devant l'aéroport une navette de la "Kathmandu Guesthouse", je m'y engouffre. La Kathmandu Guesthouse est située dans Thamel, le quartier touristique de la ville : quelques rues dégringolant de marchants de sacs à dos, de matériel de trekking ou d'alpinisme, de papier, de drapeaux de prière, de souvenirs divers et d'une quantité extraordinaire de cafés, de restaurants et de bars. Je peux facilement, dans Thamel, trouver du vin français, des glaces américaines, des pizzas, des crêpes... et même des bretzels! Dès 17h les rues vibrent de jazz, de reggae ("no women, no cry..." ben voyons), de musique électro tandis que les touristes se voient offrir de petits instruments à corde au son un peu discordant, des tours dans les montagnes avoisinantes, des cigarettes, de petits sacs en tissus colorés, de l'herbe et à peu près tout ce qu'il est possible d'offrir ou de désirer.
Dans les rues de Thamel il y a aussi ce qui ne vendent rien et qui mendient. De jeunes femmes avec leurs bébés impassibles dans le dos. Des enfants des rues. Pas de filles comme en Inde mais de petits garçons de 8 à 13 ans qui réclament à manger, exhibant les blessures qu'ils s'infligent souvent eux-mêmes. Donner à un et les autres se jettent à genoux, s'accrochent à vos jambes avec des regards éperdus. Ils veulent des biscuits, toujours les mêmes, une très grosse boîte. Il faudrait ouvrir la boîte et patiemment distribuer à tous les enfants qui se présentent. Mais il n'y a pas de poches dans leurs haillons, ils n'ont pas de sacs non plus, ils n'ont que leurs mains sales. Faire promettre qu'ils partageront. Ils promettent, alignés et droits comme des enfants sages, les mains tendues vers la boîte. Mais dès que l'un l'attrape ce sont des combats de loups, des pleurs d'enfants. Le soir en sortant des bars on reconnaît les mêmes enfants qui sniffent la colle peut-être payée en revendant la boîte de biscuits... Ils viennent de l'autre bout du pays, chassés par la guerre, envoyés par leurs familles vers la capitale et vers un rêve de vie meilleure. Il est toujours mieux, me dit-on, de donner aux organisations spécialisées qui se chargent à leur tour de distribuer équitablement. Je cherche à qui donner mais ne trouve rien. N'y a t-il donc personne pour s'occuper d'eux? Il y a plus de 500 orphelinats dans Kathmandu mais je m'entends dire que les sniffeurs de colle sont irrécupérables parce qu'ils ne s'adaptent pas, parce que les structures existantes ne savent pas gérer des drogués... Je me sens démunie, honteuse de l'être, et je cotois chaque jour ce petit monde miséreux avec des serrements de cœur.
Moi je fais partie de l'autre univers, de celui des voyageurs qui ne font que passer... et nous sommes des centaines : Thamel est peuplé de touristes. Soudain je ne peux plus faire un pas sans tomber sur un étranger comme moi. En Inde je me sentais seule dans les foules, ici je me sens comme en Europe: entourée. Après presque deux mois de solitude c'est étrange et grisant. Thamel est un monde en soi, ni tout à fait le Népal, ni tout à fait aucun autre pays non plus, c'est un melting-pot charmant ou exaspérant, une éternelle fête. Le "vrai" Kathmandu, celui des Népalais, est tout près, à quelques rues de là.
Le jour de mon arrivée je prends une chambre à la Kathmandu Guesthouse : une toute petite chambre donnant sur le jardin et contenant un lavabo, une armoire et une petite table - une des très rares que j'aurais jamais à ma disposition de tout mon voyage - et un plafond magnifique, poutres noires décorées de fleurs blanches. J'ai le sentiment d'être à nouveau au pensionnat mais cela m'amuse. Mes sacs posés je file vers Durbar Square. Je suis les rues étroites et boueuses, je dépasse les rickshaws emmêlés les uns aux autres, passe devant les boutiques. Ici on vend de petits couteaux, là des cloches... Au rythme de mes pas je redis ton nom: Kath-man-du, Kath-man-du... je frémis de joie et souris quand la pluie commence à tomber. Il fait frais... je redécouvre cette sensation oubliée. Au hasard de mon trajet, mes yeux caressent les petits temples où fument des bâtons d'encens... les écoliers en uniformes sages qui chahutent... les artisans à leur métier... les moines aux robes écarlates... les tabliers à rayures vives des femmes... les façades de bois sculpté... les entrées de porte masquées d'un drap brodé... Au bout d'une ruelle je découvre une grande place au milieu de laquelle siège une stûpa. Aux fenêtres des maisons autour de la cour il y a des rideaux rouges ou rose foncé et des enfants jouent au ballon. Cet endroit est extraordinairement paisible. Je m'assieds pour dessiner bientôt entourée d'une dizaine d'enfants curieux. "Where are you from?" Quelques mots d'anglais et beaucoup de sourires...
Mon dessin fini je reprends la longue rue serrée qui mène à la Durbar Square, la "cour royale". Je suis émerveillée en la découvrant enfin : plusieurs grands temples à pagodes, briques rougeâtres, dieux désormais familiers : Vishnou, Shiva, Ganesh... Hautes marches menant jusqu'aux sommets et où s'assoient les Népalais comme les touristes. De là, protégé de la pluie, chacun observe la ronde des offrandes, les femmes qui vendent des légumes et des fruits dans la cour, les effigies de dieux couverts de pigments rouges, oranges ou jaunes, et même parfois, lorsque la divinité est à l'honneur, de fleurs et d'étoffes rouges (tant et si bien qu'il est parfois impossible pour un profane de deviner de qui il s'agit). Des lions de pierre surveillent les lieux ainsi que d'immenses yeux de Buddha peints sur des portes rouges... et des soldats portant Kalachnikovs.

Kathmandu. Walking in your muddy streets and repeating your name : Kathmandu. Of all the destinations on my road you are one of the most magical, one of the most awaited. And here I am. And I can't believe it. india's hit is still cuddled up against my skin when the plane lands on the Nepalese tarmac.
I have not made a reservation for a room yet but in front of the airport a shuttle for the Kathmandu Guesthouse is parked. I ..... in it. The Kathmandu Guesthouse is situated right in the center of Thamel, the tourist area of the city : a few streets tumbling down with stores selling backpacks, trekking and climbing supplies, paper, prayers flags, diverse souvenirs, and an hudge quantity of cafes, restaurants and bars. I can easily, in Thamel, find some french wine, american ice-cream, pizzas, crepes... and even bretzels! As soon as 5 p.m. streets resonate with jazz, reggae ("no women, no cry..." yeah right), electronic music while tourists are being offered small string instruments a bit discordant, tours in the surrounding montains, cigarettes, little bags made of colorful fabric, marijuana and whatever can be offered or desired.
In the streets of Thamel there are also those who do not sell anything and beg. Young women with their impassive babies in their back. Street children. No girls as in India but young boys, 8 to 13 years old, who ask for something to eat, exhibiting their often self-inflicted wounds. Give to one and the other get on their knees, hold on to your legs with a distraught look. They want biscuits, always the same kind, a big boxe. One should open the boxe and patiently share out to all the children turning up. But there are no pockets in their rags, they do not have bags either, they only have their dirty hands. Have them promise to share. They promise, lined up and strait like well-behaved children, whith their hands shot out towards the box. But as soon that one has got it it's a wolves fight, children's weepings. At night, getting out of bars, one recognize the same kids sniffing glue which they might have bought selling the box of biscuits... They come from the other side of the country, fleeing away from the war and sent by their families hoping for a better life. I am told that it is always better to make donations to a specialized association which then take care of fairly giving away the donations. I search for such an organization but do not find anything. Is there no one to take care of them? There are no less than 500 orphenages in Kathmandu but I am told that glue sniffers are not irretriavable because they cannot adapt anymore, because the existing organizations do not know how to deal with drog addicts... I feel powerless, ashamed to be powerless, and I everyday cross this little world of misery with a pang.
I am part of the other univers, I am part of the travelers who only pass by... and there are hundreds of us: Thamel is filled up with tourists. Out of the blue I can't do one step anymore without falling into a stranger like me. In India I was feeling lonely in the middle of hudge crowds, here I feel the same way that in Europe: surrounded. After almost two months of loneliness it feels strange and exhilarating. Thamel is a world on its own, not quite part of Nepal and not quite part of any other country, a charming and annoying melting-pot, an everlasting party. The "real" Kathmandu, Nepales' Kathmandu, is near by, a few streets away.



The day of my arrival and take a room in the kathmandu Guesthouse : a very small room with a view on a garden, with a sink, an armoire and a small table - one of the rare ever to be at my disposal during my all trip - and a stunning ceiling with black limbers decorated with flowers. I feel like being in boarding school again and it makes me laught. I drop my bags and go straight back in the street towards Durbar Square. 
I follow the cramped and muddy streets, I pass the rickshaws tangled to own another, the stores. Here are sold little knives, there bells... I say your name again and again following the rhythm of my steps: Kath-man-du, kath-man-du... I shiver with joy and smile when the rain starts to fall. The air is cool, I discover this forgotten sensation again. Randomly along the way my eyes stroke the little temples where encens sticks are smoking... school children heckling in their school uniforms... craftsmen at their work... monks in scarlet clothes... women's bright striped aprons... scuplted wood facades... doorways masked with embroidered sheets... At the end of a back-alley I discover a courtyard in the middle of which stands a stupa. There are red and dark pink curtains at the windows of the houses around the courtyard and children are playing ball. It's incredibly peaceful. I sit down and draw and soon I am surounded with a dozen of curious children. "Where are you from?" A few words of English and lots of smiles...
My drawing finished I go back to the long tight road which leads to Durbar Square, "the royal courtyard". I am amazed when I finally discover it: several big temples with pagodas, redish bricks, now familiar gods: Vishnou, Shiva, Ganesh... High steps going all the way to the tops and where Nepales people sit down as well as tourists. From there, protected from the rain, everyone watches the worshiping'rythm, the women selling fruits and vegetables in the courtyard, gods'sculptures covered with red, orange and yellow pigments and even sometime fully covered with flowers and red fabric (so much that it becomes impossible for a uninitiated to guess who it is). Stone lions are watching over the place as well as hudge Bouddha's eyes painted on red doors... and soldiers carrying Kalachnikovs.

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