Rouge autour du monde / Red around the world

Carnet de voyage d'une globe-trotter très amoureuse de la couleur rouge. Travel sketchbook of a globe-trotter very much in love with the color red.

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27/04/08

l'amour les poules et les margaritas / Love, chicken and margaritas

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A Kathmandou, très vite, on se fait une famille. Le deuxième soir de mon arrivée je vais boire une margarita à la "chicha". Matt, un Australien vivant en Angleterre, me bouscule et la moité de mon verre est renversé. Nous faisons connaissance autour d'une deuxième margarita et Matt devient mon compagnon de route pour quelques jours.

Au temple de Dakshinkali, dans la montagne, des animaux sont sacrifiés à la noire déesse Kali. C'est très surprenant car les hindous ne versent d'ordinaire pas le sang dans leurs rites. Parce que le rouge c'est aussi cela, le sang, la violence de la mort donnée, ce lieu mystérieux m'attire. Matt, intrigué lui aussi, n'est guère difficile à convaincre et nous voilà donc dans un taxi sur une petite route zigzagant entre les rizières. Le taxi nous emmène jusquà une forêt.
De la il faut marcher, monter des volées d'escaliers de terre. Des marchands vendent tout le long du chemin des pigments, des colliers de prière, de petits foulards rouges dans lesquels on présente les offrandes.
Quand nous arrivons au temple, je suis très essouflée. Nous retirons nos chaussures et nous faufilons entre les Népalais… C'est un temple en plein air. Le sol est froid et rouge de sang et de pigment mélangés. Ca colle à la peau, ça glisse.
Les étrangers n'ont pas le droit d'aller assister aux sacrifices et si ce n'était pour nos pieds rougis, c'est à peine si ce temple nous semblerait différent d'un autre. Et puis un homme sort, sa poule sans tête à la main. Je lui demande s'il va manger son poulet. "Oui" me dit-il, et il pose patiemment pour moi. Une tache écarlate grandit sur le sol. Du pigment rouge est étalé partout et je ne sais plus ce qui est du sang, ce qui n'en est pas. Des  squelettes dansent dans le métal des cloches et nous sourient, moqueurs. Effluves âcres de terre mouillée de la forêt alentours, de l'encens, du pigment moite.

 

Au dessus de nous, au bord d'une grosse pierre, un homme assis en lotus médite tandis que d'autres montent le long du talus. Nous remettons nos chaussures pour aller voir où ces nouvelles marches mènent. Plus haut à coté d'une buvette, il y a encore un temple, tout petit celui-là. Drap rouge étalé. Pieds d'argent sur lesquels les visiteurs viennent poser leurs mains lorsqu'ils se prosternent. Petit coup d'œil curieux à mon dessin en passant...
En redescendant la coline vers le taxi qui nous attend nous croisons des coqs et une chèvre. Nous leur lançons en passant : "savez-vous où on vous emmène? Sauvez-vous!". Et ils nous regardent avec leurs yeux de bêtes inquiètes.

Une autre fois nous marchons jusqu'à  Pashupatinath. Le parcours décrit dans le lonely planet n'est guère clair et nous devons demander plusieurs fois notre chemin à des ribambelles d'écoliers en uniforme. Et puis soudain c'est à nos pieds, comme une ville. Imposants bâtiments de briques. Grandes portes rouges de temples qui nous sont interdits. Rivère vive le long de laquelle des buchers achèvent de se consummer. Sur la rive une petite foule en blanc, une vieille femme en sanglots, un corps inanimé enroulé dans un drap.
De l'autre côté de l'eau des autels, minuscules petites maisons blanches aux toits pointus, s'étalent à flanc de coline. C'est là que les sadhus vivent. leurs corps presque nus sont couverts de pigments oranges, rouges, blancs ou encore jaunes, leurs barbes sont longues et leurs cheveux entortillés sur leurs têtes, des colliers pendent à leurs cous. Leurs jambes sont maigres, leurs corps frêles, mais leurs regards sont noirs et vifs et fiers. Ils vivent de la vénération des Népalais, des dons que l'on veut bien leur faire. Ils vivent, somme toute, de pas grand chose. Je me dis que ce sont des clochards magnifiques. Je me dis qu'ils ont compris, depuis des milliers d'années, l'impact extraordinaire de leur apparence. Chaque saddhu, ici, la veut singulière. Elle dit sa sainteté. Elle fascine. Elle souligne l'exploit modeste dont il est l'auteur : celui-là n'a rien mangé, à part un peu de lait, depuis des dizaines d'années. C'est ce qu'on me dit pendant que je le dessine et qu'il se tient, altier, sourire un peu malicieux, droit, immobile, devant moi.

A la fin de la journée nous allons voir le soleil se coucher depuis le temple des singes. Un escalier en pierre très raide nous y mène. Une fois arrivée, loin de la route, le lieu est paisible et beau. Autour d'une stupa, dans une petite cour fermée tout en haut de la colline, des moines bouddhistes circulent. A leur passage, sous leurs doigts tendus, les moulins à prière roulent et ronronnent. Sur les toits les singes bondissent et s'acrochent aux drapeaux de prière. A nos pieds s'étend, brumeuse, toute la vallée de Kathmandu. La ville est si polluée que nous n'apercevons rien des montagnes. Les batiments gris et laids ont mangé la vieille ville. Autrefois la vue a du être si extraordinaire d'ici...
Mais la nuit tombe et toute la laideur disparaît. Le lieu est magique, deserté par les touristes. Nous n'arrivons pas à partir. Nous nous promenons doucement dans les bruissements d'arbres et les cris doux d'insectes nocturnes. Nous suivons le sentier, les ombres de velours des autels. Nous nous éloignons… L'obscurité gagne et des silhouettes doubles sortent peu à peu de ses plis. Nous croisons de jeunes Népalais tendrement enlacés. Là nous surprenons même un couple qui s'embrasse dans l'ombre. La nuit est ronde de chuchotements, de frôlements, de tendresse. Ne l'appellez plus le temple des singes : c'est le temple des amoureux.

You easily make a familly in Kathmandu. The second evening of my arrival I go and have a margarita at "the chicha". Matt, an Australian traveler leaving in England, bumps into me and half of my glass spills out. We get to know each other with another margarita and Matt becomes my travel mate for the next few days.

In the Dakshinkali temple, up in the montain, animals are sacrificed to the black godess Kali. It's quite surprizing because Hindus usually do not spill any blood during their rituals. Because red is also the blood, the violence of killing, this mysterious place attracts me. It does not take any effort to convince Matt, as curious about it than me and we are soon on a little road zigzaging between the rice fields. The cab takes us to a forest. From there we have to walk, climb flights of dirt stairs. Along the way merchants are selling pigments, prayer necklaces, red little tissues in which offering are displayed.
When we arrive at the temple, I am out of breath. We take out our shoes and inch our way through the crowd of Nepales. It is an outdoor temple. The ground is cold and red with a mix of blood and pigment. It sticks on the skin. It's slippery.
Foreigners are not allowed to witness the sacrifices and if not for our turn red feet, this temple would barely feel different than any other. But then a man comes out, his headless chicken in his hand. I ask him if he is going to eat his chicken now. "Yes" he says, and he patiently poses for me. A scarlet spot blooms and expands on the ground. Red pigment is spread everywhere and I do not know how much of it is blood and what is not. Skeletons danse in the metal of the bells and smile to us, and laught at us. Acrid emanations of the wet dirt of the forest around, the incense, the damp pigment.
Above us, on a hudge stone, a man in the lotus position is meditating while other are climbing along the talus. We put our shoes back on to go and see where are leading those new steps. Higher, next to a pump room, there is an other temple, very small. A red sheet spread. Silver feet on top of which visitors come and put their hand while bowing. Fast and curious gaze at my drawing before leaving…


Walking down hill on our way to the cab we come across some roosters and a goat taken to the temple. We shout to them: "do you know where you are taken? Run away!". And they look at us with their worried animals'eyes.

An other time we walk all the way to Pashupatinath. The way to go there is not quite clearly explaned in the lonely planet and we have to ask several times our road to flocks of school children in uniform. And oall of a sudden, it's there, at our feet, like a city. Imposing brick buildings. Big red temples' doors, forbidden to us. Lively river along which funeral pyres finish to burn. On the bank a small crowd of people, all of them wearing white clothes. An old woman in tears. An inanimate body  wrapped in a sheet.
On the other side of the water many shrines, tiny little houses with pointy roofs, are streching on the slope. This is where Sadhus live. Their almost bare bodies are covered with pigments, orange, red, white or yellow, their beards are long and their hair is enveloped on top of their head, necklaces are hanging around their necks. Their legs are skinny, their bodies are frail, but their gazes are black and sharp and proud. They live on the Nepalese veneration, on the donations that they can get. In the end they don't live on much. I tell myself that they are magnificent tramps. I tell myself that they have understood, for thousands of years, the extraordinary impact of their appearance. Each sadhu, here, wants it singular. It says his holliness. It fascinates. It underlines his humble feat: this one has not eaten anything, but a little bit of milk, for years. So am I told, while I am drawing and while he is standing in front of me, smiling a bit, still, straight.


At the end of the day we go and watch the sunset from the monkey temple. A very steap stone staircase leads there. At the end of it, far away from the road, the place is peacefull and beautiful. Around a stupa, in a little closed courtyard, on top of the hill, Buddhist monks are going round. On their way, under their fingers, the prayer wheels are rolling and purring. On the roofs the monkeys jump and cling to the prayer flags. At our feet, in the mist, the full valley of Kathmandu is streching.  The grey and modern buildings are eating up the old city. Once this view must have been so extraordinary…
But the night falls and all the ugliness desappears. This place is magical, deserted by the tourists. We cannot leave. We gently stroll in the trees' rustling and the soft cries of the night insects. We follow the path, the velvet shadows of the shrines. We are strolling away… The darkness is wining over and time after time double silhouettes are coming out from its pleats. We come across young Nepalese tenderly embraced. Here we even surprise a couple kissing in the dark. The night is round with whispers, strokings, tenderness. Don't call it anymore monkey temple: call it lovers temple.

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